Tu travailles le passé composé. Une semaine plus tard, il n'est plus là. Tu le réapprends. Il refuit. Si la conjugaison française donne l'impression d'un seau percé, le problème n'est en général pas l'effort mais la manière de retenir.
Il n'y a vraiment que deux façons de loger une forme verbale dans la tête :
- La reconnaissance — tu vois parlons et tu te dis « oui, ça a l'air correct ». Facile. Volatil. Sans effet quand la page est blanche.
- La production — on te donne « nous, présent, parler » et tu sors parlons à partir de rien. Plus dur. Ça tient des années. C'est la seule qui serve en situation réelle.
Et il y a une deuxième moitié au problème, celle dont on parle beaucoup moins : le français se conjugue en grande partie à l'oreille, mais se trompe à l'écrit. -ais, -ait et -aient se prononcent exactement pareil. -er, -é et -ez aussi. Quelqu'un peut produire une phrase parfaitement conjuguée à voix haute et écrire trois fautes d'accord dans la même phrase, parce que rien dans le son ne l'avertit. La production dont il est question ici est donc une production écrite.
Presque toutes les applications de conjugaison entraînent la première (questionnaire à choix multiple) et s'étonnent que rien ne se transfère. Ce guide porte sur la seconde. Voici 12 trucs de mémoire — de vrais procédés, pas des « travaille davantage » — rangés selon la partie de la conjugaison qu'ils règlent. Chacun renvoie à un guide plus détaillé quand il existe.
Fait partie de la série : French Conjugation Memory Tricks. Ceci est le sommaire. Les guides détaillés sont liés sous chaque truc, au fur et à mesure de leur publication.
Les terminaisons (la partie qui se répète)
1. Mémoriser les terminaisons comme un rythme, pas comme un tableau
Les terminaisons régulières ne sont pas 18 syllabes au hasard : c'est une ritournelle. Dis à voix haute, d'une traite, les terminaisons du présent des verbes en -er : « e, es, e — ons, ez, ent. » Les trois premières sont muettes ou quasi identiques ; le couple nous/vous se détache toujours. Travaille-les au tempo et ta bouche retiendra ce que l'œil n'arrive pas à fixer.
Approfondir : retenir les terminaisons verbales françaises.
2. Repérer les terminaisons partagées d'un temps à l'autre
Tu ne mémorises pas six temps de terminaisons. Tu mémorises quelques jeux qui reviennent :
- Les terminaisons de l'imparfait (-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient) sont les mêmes que celles du conditionnel. Apprises une fois, servies deux fois.
- La forme de nous se termine presque toujours en -ons (sauf sommes) et celle de vous en -ez (sauf êtes, dites, faites). Deux minuscules listes d'exceptions, et sinon du béton.
Une fois les réemplois visibles, l'aide-mémoire complet des terminaisons cesse de ressembler à un mur et devient quatre schémas.
3. « Les terminaisons du futur et du conditionnel, c'est avoir »
Les terminaisons du futur simple sont littéralement celles d'avoir au présent : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont → ai, as, a, (av)ons, (av)ez, ont. Avoir est déjà acquis, donc les terminaisons du futur aussi. On les colle à l'infinitif entier (parler → parlerai) et c'est réglé.
Approfondir : le truc des terminaisons du futur.
Les formes (les verbes qui plient au milieu)
4. Les verbes à botte : la forme dit où l'accent se déplace
Les verbes en -er à alternance vocalique comme acheter, appeler, préférer changent toujours au même endroit : les formes je / tu / il / ils — et pas nous / vous. Entoure ces quatre formes et tu obtiens une botte (ou un L). À l'intérieur de la botte, le radical change (j'achète, j'appelle) ; à l'extérieur (nous achetons), non. Une seule image couvre tout le schéma. L'image vient des manuels de langue anglaise, où ces verbes sont appelés boot verbs ; le nom savant du phénomène est l'alternance vocalique, et il tient à l'accent : la terminaison est muette dans les quatre formes de la botte, l'accent tombe donc sur le radical.
Approfondir : les verbes à botte.
5. Les changements orthographiques sont la prononciation qui se défend
Manger → mangeons, commencer → commençons. Ça a l'air irrégulier, ça ne l'est pas : le français protège simplement le son doux. Un g ne reste doux devant a/o/u que si l'on conserve un e (mangeons) ; un c réclame une cédille (commençons). Retiens le pourquoi (garder le son doux) et tu cesseras définitivement de les mémoriser comme des exceptions.
Approfondir : les verbes en -cer / -ger / -yer.
6. Les deux familles de verbes en -ir
Tous les verbes en -ir ne se conjuguent pas pareil, et le partage se retient bien : les verbes du type finir intercalent -iss- (nous finissons), tandis que ceux du type partir (partir, dormir, sortir, sentir) se contentent de perdre leur dernière consonne (je pars, je dors). Le truc : la famille de partir tourne toute entière autour du mouvement ou du corps — partir, dormir, sortir, sentir. Ce thème étiquette la famille d'un verbe nouveau.
Approfondir : verbes en -ir, finir et partir.
Les listes fermées (le terrain des procédés mnémotechniques)
7. DR MRS VANDERTRAMP pour les verbes qui prennent être
La poignée de verbes qui prennent être (et non avoir) au passé composé forme une liste fixe — le terrain idéal d'un procédé mnémotechnique. DR MRS VANDERTRAMP, formule née dans les manuels de langue anglaise, les emballe tous dans un seul nom (Devenir, Revenir, Monter, Rester, Sortir, Venir, Aller, Naître, Descendre, Entrer, Rentrer, Tomber, Retourner, Arriver, Mourir, Partir). Les lettres ne veulent rien dire en français, mais la liste, elle, est exacte, et tu la croiseras partout. Le détail complet est dans le guide des 14 verbes qui prennent être.
8. WEIRDO pour le subjonctif
Qu'est-ce qui déclenche le subjonctif ? WEIRDO : Wishes (volonté), Emotions (émotion), Impersonal expressions (expressions impersonnelles), Recommendations (conseils et demandes), Doubt (doute), Orders (ordres). Si la principale exprime l'une de ces valeurs et rencontre un que, le verbe suivant passe au subjonctif. Quarante déclencheurs deviennent six catégories. À nouveau, l'acronyme est anglais et ne fonctionne pas comme moyen mnémotechnique en français — ce sont les six catégories qui portent la valeur. Associe-les à la liste complète des déclencheurs une fois les catégories en place.
Approfondir : WEIRDO et le subjonctif.
9. Les quatre verbes de survie : être, avoir, aller, faire
Inutile d'attaquer tous les irréguliers d'un coup. Quatre d'entre eux abattent une part démesurée du français courant — et s'ils sont irréguliers, c'est en partie parce qu'ils sont si fréquents. Sache être, avoir, aller, faire sur le bout des doigts, comme une série qu'on récite, et tu as débloqué les auxiliaires, le futur proche (je vais + infinitif) et un tiers des conversations réelles.
Approfondir : retenir les verbes irréguliers français.
Les choix (quelle forme, quel ordre)
10. Passé composé ou imparfait : la photo et le film
La décision la plus difficile du passé français tient en une image. Passé composé = une photo : un instantané unique et achevé (j'ai mangé — clic, terminé). Imparfait = un film : une scène qui se déroule en arrière-plan (je mangeais — ça continue). Quand un fait interrompt une scène, la scène est à l'imparfait et le déclic au passé composé : je dormais (film) quand le téléphone a sonné (photo). Le cadre de décision complet est dans passé composé ou imparfait.
Approfondir : le truc de la photo et du film.
11. L'ordre des pronoms : l'échelle de placement
Me te se le lui y en — les pronoms compléments s'empilent dans un ordre fixe, et on peut le grimper comme une échelle : me/te/se/nous/vous → le/la/les → lui/leur → y → en. Je le lui donne tombe directement des barreaux. L'échelle apprise une fois, on cesse de réarranger les pronoms en pleine phrase. Voir aussi : en et y.
Approfondir : le truc de l'ordre des pronoms.
12. L'habitude qui rend les 11 autres permanents : production écrite + espacement
Un procédé mnémotechnique fait entrer une règle dans la tête. Deux choses l'y maintiennent :
- Produire, pas reconnaître. Ferme le livre et sors la forme. L'écrire, avec les accents, force une vraie récupération ; cocher une case dans un questionnaire, non. Et comme le français conjugue à l'oreille mais faute à l'écrit, c'est l'écrit qui est la vraie épreuve : -ais ou -ait, -er ou -é, la main tranche là où l'oreille ne dit rien.
- La répétition espacée. Reviens sur chaque verbe juste avant de l'oublier — un jour plus tard, puis trois, puis une semaine. L'espacement est la technique de mémoire la mieux étayée qui soit.
Les deux tiennent mieux si quelque chose d'autre s'occupe de la comptabilité. L'outil gratuit d'entraînement couvre la production écrite dans le navigateur ; l'application Bonjour Verbs y ajoute l'espacement et repère les temps qui continuent de glisser.
Un procédé sans production, c'est un fait perdu d'ici vendredi. Un procédé plus de l'entraînement écrit espacé, c'est une forme encore là l'an prochain.
Mettre tout ça bout à bout
Voici l'ordre des opérations qui compose vraiment :
- Découpe la règle avec le bon truc ci-dessus (la botte, WEIRDO, DR MRS VANDERTRAMP…).
- Produis-la de mémoire — écris la conjugaison, ne la reconnais pas.
- Espace la révision pour que chaque verbe revienne juste avant de s'effacer.
- Parle-la chaque semaine, pour que la récupération se fasse sous pression réelle.
Les étapes 2 et 3 sont celles qu'on abandonne sans s'en rendre compte. L'application Bonjour Verbs déroule cette séquence sous forme de niveaux guidés, et l'outil gratuit d'entraînement couvre l'étape 2 dans le navigateur si tu préfères ne rien installer.
Les trucs 1 à 11 sont les raccourcis. Le truc 12 est ce qui transforme les raccourcis en aisance.
FAQ
Quelle est la meilleure façon de retenir les conjugaisons françaises ?
Trois choses combinées : un procédé qui découpe la règle en blocs (DR MRS VANDERTRAMP, WEIRDO, la botte), une répétition espacée qui fait revenir chaque forme juste avant l'oubli, et une production écrite plutôt qu'un questionnaire à choix multiple. La reconnaissance s'efface vite ; c'est le fait de produire la forme de mémoire qui la rend permanente.
Pourquoi j'oublie sans arrêt les terminaisons françaises ?
Parce que la plupart des exercices testent la reconnaissance (choisir la bonne option) et non la production. Et parce qu'une grande partie des terminaisons sont homophones : -ais, -ait et -aient se prononcent pareil, donc l'oreille ne corrige jamais. Passe à des exercices à réponse écrite, et regroupe les terminaisons par schémas qui se répètent d'un temps à l'autre.
Les procédés mnémotechniques marchent-ils vraiment en grammaire ?
Oui, pour les listes fermées et les jeux de déclencheurs. DR MRS VANDERTRAMP (les verbes qui prennent être) et WEIRDO (les déclencheurs du subjonctif) fonctionnent parce qu'ils compriment une liste fixe en un seul mot. Ils ne remplacent pas l'entraînement pour les schémas ouverts comme les terminaisons régulières, où le rythme et la répétition espacée travaillent mieux.
Combien de temps faut-il pour maîtriser la conjugaison française ?
À raison de 20 à 30 minutes par jour : le présent des 20 verbes les plus fréquents en un mois environ, le passé composé et l'imparfait en trois mois, le futur et le conditionnel en six. Le subjonctif devient naturel autour d'un an. Les procédés accélèrent les listes fermées ; le rappel quotidien fait le reste.