Écoute une conversation ordinaire et compte les en et les y. Tu en trouveras environ un par phrase.

Compte-les maintenant dans un français moins assuré — un examen blanc, un courriel écrit dans le doute, une prise de parole préparée. Ils tombent souvent à zéro.

C'est l'un des écarts les plus fiables entre une phrase qui coule et une phrase qui a l'air bricolée. Et c'est un écart mécanique à combler : les deux pronoms reprennent quelque chose pour éviter de le répéter, tous les deux se placent devant le verbe, et le choix entre les deux n'a rien de stylistique.

En : reprend de + [nom] ou une quantité

En s'emploie chaque fois qu'on répéterait un nom introduit par de, du, de la, des, ou après un nombre ou un mot de quantité.

Les trois emplois de en

1. Il reprend de + [nom] (partitif ou quantité)

Tu veux du café ? — Oui, j'en veux.

J'ai acheté des pommes ce matin. J'en ai mangé trois.

en reprend ici du café dans le premier exemple, des pommes dans le second. La quantité reste, le nom disparaît.

2. Il reprend le complément en de d'un verbe

Beaucoup de verbes se construisent avec de (parler de, avoir besoin de, se souvenir de, s'occuper de, avoir peur de). Quand le complément est une chose ou une idée (pas une personne), en reprend tout le groupe de + ….

Tu te souviens de ce film ? — Oui, je m'en souviens.

Tu as besoin d'aide ? — Oui, j'en ai besoin.

Il parle beaucoup de son travail. → Il en parle beaucoup.

⚠️ Si le complément est une personne, pas de en. On emploie un pronom tonique (de lui, d'elle, d'eux) : Je me souviens d'elle, et non je m'en souviens.

3. Il reprend le nom après une expression de quantité

Après un nombre ou un mot de quantité (beaucoup, un peu, trois, assez, plusieurs), en reprend le nom. Le nombre ou le mot de quantité, lui, reste dans la phrase.

Combien de livres as-tu ? — J'en ai cinq.

Tu veux du gâteau ? — Oui, j'en veux un peu.

Il y a des problèmes. → Il y en a beaucoup.

C'est la construction qui revient le plus souvent à l'oral. Sans le en, la phrase n'est pas fautive au sens strict : elle est incomplète, ce qui s'entend tout de suite.

Y : reprend à + [chose] ou un lieu

Y s'emploie chaque fois qu'on répéterait un lieu, ou un nom (chose ou idée, pas une personne) introduit par à.

Les deux emplois de y

1. Il reprend un lieu

Tu vas à Paris ? — Oui, j'y vais demain.

Je suis dans le jardin. → J'y suis.

Tu habites à Montréal ? — Oui, j'y habite depuis cinq ans.

y fonctionne avec toutes les prépositions de lieu : à, dans, sur, chez, sous, etc. Il signifie simplement « là ».

2. Il reprend le complément en à d'un verbe (quand c'est une chose)

Verbes du type penser à, répondre à, réfléchir à, s'intéresser à, croire à, jouer à. Quand le complément est une chose ou une idée, on emploie y.

Tu penses à ton avenir ? — Oui, j'y pense souvent.

As-tu répondu à la question ? — Oui, j'y ai répondu.

Il joue au tennis. → Il y joue tous les week-ends.

⚠️ Même règle qu'avec en : si le complément est une personne, on emploie un pronom tonique (à lui, à elle, à eux) : Je pense à elle, et non j'y pense.

La place : devant le verbe, toujours

en et y se placent immédiatement devant le verbe conjugué, à la même place que les autres pronoms compléments.

Temps Exemple
Présent J'en veux.
Passé composé J'en ai voulu.
Imparfait J'en voulais.
Futur J'en voudrai.
Conditionnel J'en voudrais.
Négatif Je n'en veux pas.
Interrogatif (inversion) En veux-tu ?

Avec un infinitif, les deux pronoms se placent devant l'infinitif, pas devant le verbe principal :

Je vais y aller. Tu peux en prendre. Je voudrais en acheter.

À l'impératif affirmatif seulement, ils passent après le verbe, reliés par un trait d'union :

Vas-y ! Prends-en ! Allons-y !

L'impératif négatif les remet devant le verbe : N'y va pas.

Quand plusieurs pronoms se suivent (l'ordre)

Quand plusieurs pronoms compléments se retrouvent dans la même phrase, l'ordre est fixe. en et y occupent les deux dernières places :

me / te / se / nous / vous → le / la / les → lui / leur → yen

D'où :

Donne-le-moi. Il y en a beaucoup. Je l'y ai vu. Je leur en ai donné.

La séquence « y en a » (réduite à « y'a » à l'oral relâché) est la pile de pronoms la plus courante du français parlé. On l'entend des dizaines de fois par jour.

Les fautes classiques

Faute 1 : les oublier complètement

❌ Oui, je veux. (La phrase reste en suspens.) ✅ Oui, j'en veux.

❌ Tu vas à Paris ? — Oui, je vais. ✅ Tu vas à Paris ? — Oui, j'y vais.

Faute 2 : employer en ou y pour une personne

❌ Je pense à Marie. → J'y pense. ✅ Je pense à Marie. → Je pense à elle.

❌ Je parle de mon frère. → J'en parle. ✅ Je parle de mon frère. → Je parle de lui.

Faute 3 : les placer après le verbe hors impératif

❌ Je veux en. ✅ J'en veux.

La place après le verbe n'existe qu'à l'impératif affirmatif (vas-y, prends-en).

L'arbre de décision

Au moment de reprendre un nom par un pronom, pose-toi trois questions :

  1. Le nom est-il introduit par de / du / de la / des, ou vient-il après une quantité (nombre, beaucoup, un peu) ? → en
  2. Est-ce un lieu, ou une chose introduite par à ? → y
  3. Est-ce une personne ? → pronom tonique (de lui, à elle, d'eux…), jamais en ni y.

Pourquoi c'est le meilleur rapport effort-résultat

en et y, tout le monde les « connaît » : la règle se lit en deux minutes. L'écart n'est pas dans la compréhension, il est dans la production. Il faut que la main aille les chercher toute seule, au milieu d'une phrase, sans décision consciente.

Ça se travaille par répétitions. Concrètement : écrire des phrases où le réflexe évident serait de répéter le nom, et y substituer le pronom. Des centaines de fois.

L'application Bonjour Verbs consacre un palier entier aux pronoms compléments, avec des phrases à compléter au clavier qui obligent à produire en / y en contexte : « Tu veux du café ? — Oui, j'____ veux ». Le dosage des répétitions est calibré pour que le réflexe passe de « répéter le nom » à « glisser le pronom ».

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